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Janvier 1704 : La bataille du Pont du Moulinas (2)


Extrait de « La guerre des Cévennes » de Henri Bosc. Les Presses du Languedoc.

Ce colonel parvint sans encombre jusqu'à une petite demi-lieue de Manda¬jors, près du pont du Moulinas au-delà duquel il y avait un gros rocher.

Là, une troupe de rebelles commandée par Rolland et par Joani s'était habilement dissimulée ; elle ouvrit le feu sur son avant-garde.

Marcilly, qui se tenait sur le qui-vive depuis son départ d'Alès, fit occuper aussitôt une hauteur voisine et la fusillade commença ; elle devait durer une demi-heure.
Protégée par les tirailleurs, une partie du convoi continua sa marche.

En entendant le bruit du combat, le capitaine du château de Mandajors sortit avec sa garnison pour prendre en flanc les camisards.
Il était temps, car une autre troupe de rebelles descendait de la montagne pour secourir la première.

Les assaillants, parmi lesquels se trouvaient plusieurs femmes, jetaient et faisaient rouler de grosses pierres.

Les nouveaux arrivants parvinrent trop tard sur les lieux. Le convoi fut finalement pris en charge par la garnison de Mandajors.

Malgré l'embuscade, l'expédition réussit. Les camisards disparurent dans les bois.
Marcilly perdit dans cette affaire sept soldats et deux sergents ; il eut quatre ou cinq soldats blessés.

Il était de retour à Alès le 23 au soir à six heures. On évalua à quarante le nombre des morts du côté des camisards.

Un jeune rebelle, Jacques Savin, dit le Cadet La Forest, enrôlé depuis peu dans la troupe de Rolland et « qui estoit fort brave », fit merveille, paraît-il, en cette occasion et réussit à tuer sept soldats.

Abraham Mazel, à propos de cette embuscade, fait une remarque intéressante concernant leur « inspiration » :

« [...] Il arrivoit souvent qu'il estoit déffendu à des inspirés de porter des armes ; il leur estoit dit quelquefois que leurs prières pendant le combat faisoint plus de mal à l'ennemi que n'auroit peu faire la plus forte arme en leurs mains, et il est arrivé à tous ceux qui avoint eu de tels ordres, mais que l'ardeur de combattre en voïant si bien faire les autres avoint fait oublier, il est arrivé, di-je, que les armes n'ont jamais voulu prendre feu entre leurs mains quoique très bonnes, et qu'ils [elles] ne manquoint jamais entre celles d'un autre, ni entre les leurs non plus quand l'ordre de les reprendre leur estoit donné.

Les plus braves estoint quelques fois obligés de demeurer les bras croisés, ou plustôt à la prière, pandant l'action.
Dans la dernière [affaire] dont je viens de parler, Rolland qui avoit eu cet ordre, mais à qui le sang bouillonnoit aussitôt qu'il voïoit l'ennemi, ne se souvenant plus, dans la chaleur, du dit ordre, voulut combattre à l'ordinaire, mais jamais il ne lui feùt possible de faire prendre feu à ses pistolets ni à son mousquet, lesquels il jeta par terre, et à coups de pierres assomma plusieurs [...]

Quelques jours après, estant retournés à ce château [de Mandajors] ils le trouvèrent abandonné. Aussitôt Rolland le fit démolir et brûla tout ce qu'il y avoit de combustible. »