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Janvier 1704 : La bataille du Pont du Moulinas (1)


Extrait de « La guerre des Cévennes » de Henri Bosc. Les Presses du Languedoc.

Les habitants de cette ville (Alès), affolés par la présence des camisards, par les ravages et les massacres qu'ils faisaient partout sur leur passage, créaient une atmosphère de panique.

Les chanoines, persuadés d'une attaque imminente des rebelles, faisaient « des réduits » jusque dans la cathédrale pour se défendre.

La plupart des portes des remparts d'Alès furent murées et cependant la ville était parfaitement close et fortifiée.

Julien, scandalisé par tous ces préparatifs, ne parvenait pas à comprendre la frayeur de cette population.

Il s'efforça de calmer les habitants, les blâma de s'abandonner ainsi à la terreur et dit au consul qu'il devait s'absenter mais qu'il serait de retour le soir même pour donner « le bal à leurs dames » et qu'il ferait ouvrir les portes de la ville pour bien montrer à quel point il méprisait les fanatiques. Lorsqu'il revint à Ales, à la fin de la journée, la population témoigna d'une grande joie à son retour.

On comprend facilement la frayeur qui régnait alors, non seulement à Alès, mais dans toute la région cévenole à la suite des nombreux massacres particulièrement cruels et des importants ravages commis par les camisards au cours de janvier. Pierre Carrière, dit Corteiz, évoque dans ses Mémoires toutes ces atrocités. Le maréchal de camp Julien déclare dans une lettre à Chamillart (24 janvier) : « [...] les cheveux me dressent sur la tête à l'ouïe de telles cruautés [...]. »

Le 22 janvier, Julien se vit dans l'obligation d'approvisionner en vivres et surtout en pain la garnison du château de Mandajors.

Six jours avant (le 17 janvier), Rolland avait réussi à intercepter par une embuscade le convoi de ravitaillement qui y avait été envoyé.

Il devenait urgent d'organiser une nouvelle expédition. Julien ordonna au colonel de Marcilly de rassembler le plus grand nombre possible de soldats de son régiment (dont deux compagnies étaient à Mandajors) pour escorter quinze quintaux de pain jusqu'à ce poste.

Il avait dit à Broglie, lorsqu'ils se trouvaient à Anduze, qu'il était peut-être préférable d'évacuer ce château isolé en pleine montagne ; le lieutenant général avait refusé et répondu qu'il valait mieux le conserver.

Marcilly, lui, persistait à le croire inutile. Julien, craignant que cet important convoi ne soit une fois de plus intercepté, demanda à Broglie de lui envoyer pour grossir son escorte cent bons fusiliers du régiment du Gâst, d'Anduze.

Ces cent fusiliers supplémentaires, joints aux deux cents soldats de Marcilly, pouvaient impressionner les rebelles qui n'oseraient pas les attaquer.

Broglie refusa d'envoyer ces cent fusiliers en prétextant qu'il serait imprudent de dégarnir Anduze ; il dit, d'autre part, à Julien que les camisards, étant occupés dans la plaine, se désintéresseraient certainement de ce transport de pain. Julien fit donc partir Marcilly le 23 à la pointe du jour avec son lieutenant-colonel à la tête de cent dix soldats « tant bons que mauvais ».

Il recommanda à Marcilly la plus grande prudence et de bien observer la situation du pays dans sa marche afin de ne pas tomber dans une embuscade.